Je fais partie de la génération « Tempête du Désert ».
Nous sommes nés dans les décombres d’un siècle alors que le suivant ne devait commencer qu’à la chute des tours. Nous sommes une génération qui a suivi la fin du communisme, de ses horreurs comme de ses espoirs, et la naissance d’une hyperpuissance impérialiste dont les premières manifestations furent les bombes en Irak.
Comme il eut été meilleur présage de naître en 68. Ou en 69.
Ce ne fut là que le début de notre malédiction. Notre génération sera la première à vivre plus mal que la précédente depuis les débuts de la Révolution Industrielle. Chance.
Notre génération sera peut-être celle à voir l’Apocalypse selon l’homme. Et sinon, ce sera la suivante. Nous sommes sûrement la première génération à nous demander si cela vaut le coup de faire des enfants au vu de la gueule du monde.
Je ne sais pas si nous verrons la Tempête, mais derrière nous risque bien de rester le Désert.
Nous sommes la génération de la « communication », du « loisir » et du « divertissement », paraît-il. Leur communication n’est guère que celle des hommes politiques. Nos loisirs ne sont pas dans la rue, mais Delarue. Le divertissement est conditionné au temps qu’il nous restera après avoir « gagné plus ».
Nous sommes une génération de veaux, bien après que De Gaulle l’ait annoncé. L’horreur ne nous révolte plus, nous fait à peine frémir. La misère se lave à coups de bonne conscience et de Téléthon. Le changement s’appelle Nagy-Bosca. Les révoltes ne durent jamais que jusqu’au baccalauréat.
Nous sommes une génération de morts-avant-l’âge. Nos passions sont toutes stéréotypées : sport, consommation, télé, consommation, mode, consommation, starac, consommation ! Nos métiers sont conditionnés par le seul fric : les scientifiques doivent être ingénieurs, les économistes doivent être agents immobiliers et les littéraires avocats !
Et quand à ceux qui veulent se détourner du droit chemin de Dieu Pognon, qu’ils crèvent, ces improductifs !
Nous sommes la génération de l’art vendu.
Une génération casanière, qui ne voit pas plus loin que sa prochaine sortie en boîte ou son examen-dans-deux-mois-vite-faut-que-je-révise. Et encore, pour les plus conscients. Nous sommes incapables de nous projeter, de prévoir, d’anticiper, d’imaginer, de rêver. Pour cela, il faudrait des envies.
Pas des voies toutes tracées injectées dans nos têtes, nos veines et nos tripes de notre naissance à notre mort. Dieu. Pouvoir. Argent. Dieu. Pouvoir. Argent. Dieu. Pouvoir. Et tutti quanti.
La société est un immense attrapeur de rêves qui ne les restitue pas, jamais…
Et l’on contemple ainsi le Néant de nos âmes vides d’espoirs.
…
Ou presque.
Restent les lueurs. Restent les conscients. Restent les révoltés.
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